Les marchés fluctuent. Le financement par capital de risque reste stable.

Les marchés fluctuent. Le financement par capital de risque reste stable.

Amy Olah se rappelle nettement les moments de sa carrière où les entreprises en démarrage ont fait face à des événements possiblement destructeurs.

En tant que chef, Montage de prêts, Canada et États-Unis, Côte Ouest, Services financiers Innovation CIBC, elle suit de près les évolutions du marché qui se répercutent sur les entreprises en démarrage à forte croissance, en particulier en ce qui a trait à l’un des principaux services de la banque : le financement par capital de risque.

Amy Olah a observé ces fluctuations lors de la crise généralisée du crédit en 2008, lors de la pandémie de COVID-19 en 2020, et de nouveau, de façon spectaculaire, lors de l’effondrement de plusieurs banques régionales américaines en 2023.

Chacun de ces événements a provoqué des ondes de choc dans l’écosystème des entreprises en démarrage et a influé sur l’approche du financement du secteur.

« Le financement par capital de risque ne change généralement pas. Ni la structure ni l’utilisation de ce capital ne change », affirme Amy Olah. « Ce qui peut changer par contre, c’est la façon dont les gens le perçoivent et leur confort à son égard. »

En effet, après l’effondrement des services bancaires régionaux aux États-Unis en 2023, les opérations de financement par capital de risque au Canada ont ralenti, jusqu’à ne représenter que 10 % des financements non dilutifs, car les entreprises partout au pays ont dû réévaluer leur situation en matière de partenaires.

Toutefois, Amy Olah souligne que le capital de risque résiste mieux aux fluctuations du marché que des catégories d’actifs telles que le financement par actions. Elle pense qu’une bonne compréhension des changements de perception ayant dicté les comportements par le passé aidera les fondateurs à mieux diriger leurs choix.

Elle présente ici les différentes conditions du marché qui peuvent avoir une incidence sur les perceptions communes du financement par capital de risque.

Lorsque le marché atteint son rythme de croisière

Le financement par capital de risque diffère des structures de dette traditionnelles conçues pour les sociétés plus établies. Il est adapté aux entreprises en démarrage qui n’ont généralement pas encore de flux de trésorerie positifs ni d’actifs importants pour garantir un prêt.

Proposé sous forme de prêt à terme avec paiements de capital et intérêt, le financement par capital de risque est habituellement fourni aux entreprises en démarrage soutenues par du capital de risque pendant les séries de financement par actions. Les prêteurs s’appuient souvent sur le contrôle préalable du capital de risque pour évaluer le potentiel de croissance de l’emprunteur. La dette sert souvent de fonds de roulement essentiel, aidant les entreprises en démarrage à transiter jusqu’à leur prochaine collecte de fonds.

La principale distinction entre les actions et les dettes réside dans le contrôle et les obligations : avec les actions, les fondateurs renoncent à un certain contrôle, mais n’ont pas à rembourser immédiatement. Avec le financement par capital de risque, ils gardent un contrôle intact, mais ont l’obligation claire de rembourser le prêt, ce qui en fait une option intéressante pour les entreprises à la recherche de capital de croissance sans dilution.

Dans de bonnes conditions économiques, les entreprises en démarrage ont souvent un accès accru au financement par actions, avec des valorisations supérieures, ce qui peut les rendre moins regardantes quant au choix du prêteur.

Selon Amy Olah, les fondateurs doivent prendre conscience de cette tendance, et s’assurer de rechercher les bons partenaires, même en période de prospérité.

« Je rappelle souvent aux fondateurs de ne pas forcément choisir la liste de conditions présentant le meilleur prix ou le prêt le plus important, mais de tenir compte plutôt de l’identité du partenaire, et de s’assurer qu’il s’agit de quelqu’un avec qui ils souhaiteraient travailler de façon régulière », déclare Amy Olah.

Amy Olah recommande aux entreprises de rechercher un prêteur qui connaît bien son secteur et qui a de profondes connexions avec l’écosystème.

Il est important que les fondateurs posent des questions, sans se concentrer uniquement sur les modalités financières. Les entreprises en démarrage doivent savoir si les équipes de gestion du crédit et du risque de leur prêteur se spécialisent dans la technologie et les logiciels, et depuis combien de temps l’institution prête au secteur.

L’expertise, la souplesse et un soutien pertinent et bien défini peuvent créer la confiance inhérente à un réel partenariat, souligne Amy Olah.

« Vous devriez rencontrer votre prêteur », ajoute-t-elle. « Rencontrez-le en personne, serrez-lui la main et apprenez à le connaître, car vous passerez probablement beaucoup de temps avec lui, et plus vous le connaîtrez, plus nous pourrons être utiles. »

Lorsque le capital se fait rare

Ces deux dernières années, les entreprises technologiques en démarrage au Canada et dans le monde ont fait face à des défis en matière de collecte de fonds. Les investisseurs sont devenus plus prudents, compte tenu de la volatilité des marchés, de la hausse des taux d’intérêt, et de l’évolution des conditions économiques. Cela a resserré les flux de capitaux, en compliquant pour les entreprises en démarrage l’obtention de financements, surtout à des niveaux de valorisation tels que ceux proposés par le passé.

Dans ces types d’environnements, les fondateurs peuvent se tourner vers le financement par capital de risque pour élargir leur marge de manœuvre sans trop renoncer au contrôle.

Toutefois, la nervosité du marché peut aussi entraîner des exigences de prêt plus strictes, des taux d’intérêt plus élevés ou une couverture des garanties plus astreignante, en conséquence du risque accru pour les prêteurs.

« Quand les conditions sont bonnes, il est toujours facile de lever des financements par capital de risque au cours d’une série », dit Amy Olah. « Mais quand le marché connaît des fluctuations, il y a quelques éléments que nous souhaiterons éventuellement examiner afin de nous assurer que le fondateur est bien centré. »

Ces éléments, nous dit-elle, incluent une bonne conscience du marché, une gestion sérieuse de la trésorerie, une convergence avec un investisseur en capital de risque et un plan réfléchi pour composer avec les replis potentiels du marché.

« Si vous êtes dans une position incertaine en ce qui concerne votre chiffre d’affaires ou vos prévisions à venir, le financement par capital de risque pourrait ne pas être fait pour vous », ajoute Amy Olah. « Si vous n’êtes pas à l’aise avec les clauses financières restrictives proposées par le prêteur, ce type de financement n’est peut-être pas le choix qui vous convient. »

Quand l’impensable se produit

En mars 2023, l’effondrement de banques régionales américaines a créé un choc mondial. Les craintes relatives à la liquidité de la Silicon Valley Bank ont déclenché une course aux retraits, rapidement suivie par une fermeture par les organismes de réglementation et, finalement, par la vente de la banque.

La crise s’est produite alors que le monde était encore en train de se remettre de la pandémie mondiale, et les entreprises en démarrage ont été confrontées à une incertitude accrue et à une paralysie temporaire du marché du capital de risque.

De nombreuses sociétés qui avaient des facilités de crédit ou des prêts à terme auprès de la Silicon Valley Bank se sont retrouvées dans une position difficile pour établir de nouvelles relations bancaires et obtenir des sources alternatives de capital.

« Il y a eu une panique généralisée pour trouver d’autres sources de capitaux », se souvient Amy Olah.

Toutefois, ce revirement a également poussé les entreprises en démarrage à réévaluer leurs partenaires financiers. Les sociétés qui considéraient autrefois le financement par capital de risque comme une façon judicieuse d’étendre leur marge de manœuvre ont dû désormais faire face à la vulnérabilité de leurs prêteurs.

Amy Olah souligne que les fournisseurs de financement par capital de risque canadiens sont plus stables et moins vulnérables aux effondrements soudains ou aux crises de liquidité, en grande partie grâce à leurs liens avec des banques solides.

D’après elle, les entreprises en démarrage doivent avoir conscience de ce contexte et demander à leurs prêteurs financiers comment ils ont traversé les périodes de stress précédentes avec leur portefeuille.

L’équipe Services financiers Innovation CIBC compte 25 ans d’expérience dans le soutien aux entreprises des secteurs des technologies et des sciences de la vie en démarrage et en croissance, ce qui en fait l’un des fournisseurs de financement par capital de risque les plus actifs au Canada.

« Tout cela peut sembler anodin lorsque la situation est florissante, mais revêt une importance capitale quand quelque chose ne se passe pas comme prévu », prévient Amy Olah. « Je n’ai jamais rencontré de fondateur ou de chef de la direction qui m’a dit que les étapes de démarrage de son entreprise se sont enchaînées de manière fluide. Le parcours est semé d’embûches, et il est important d’avoir des partenaires financiers qui ont une expérience de ces hauts et ces bas, à la fois en ce qui a trait aux actions et à la dette.

Amy Olah est convaincue que le financement par capital de risque restera une option essentielle, quel que soit le climat économique. Dans des conditions de marché solides, le financement par capital de risque offre un partenaire de croissance stratégique; lorsque les temps sont plus difficiles, il représente un moyen de rester agile et de s’étendre sans renoncer aux actions.

« Le financement par capital de risque est parti pour durer », affirme-t-elle. « Il gagne encore et encore en popularité. »

Amy Olah souligne que le financement par capital de risque a pris de la vitesse sur le marché canadien, profitant d’un effet boule de neige après avoir pris de l’essor auprès des fondateurs américains. Au Canada, nous dit-elle, l’écart restant à franchir pour qu’il soit plus communément adopté n’est pas lié à un manque de disponibilité, mais de confort.

« Nous devons simplement sensibiliser les entrepreneurs canadiens et leur faire comprendre ce qu’est le financement par capital de risque et comment l’utiliser », déclare Amy Olah. « Plus ils l’utiliseront, plus ils y recourront confortablement. »

Pour en savoir plus : Markets change. Venture debt doesn’t have to., Ouvre dans une nouvelle fenêtre (lien en anglais seulement)

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Contributeur de l'épisode

Amy Olah

Amy Olah

Directrice générale et cheffe, Services bancaires de capital de risque

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